[Interview] Entretien avec Nicolas Deneschau

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Mettant à l’honneur des auteurs aussi talentueux les uns que les autres, Third Editions a offert à ses lecteurs de belles découvertes au fil du temps. Aujourd’hui, Nicolas Deneschau qui en fait parti a pris le temps de poser sa plume pour partager avec nous sa passion le temps d’une interview.

Bonjour Nicolas, merci d’avoir accepté cette interview, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Bonjour Fabien, je suis auteur, depuis quelques années maintenant, de divers ouvrages qui traitent de la « pop-culture » au sens large. En gros, j’ai un background plutôt ciné-littérature, mais je suis un gros joueur depuis mes plus tendres années. J’ai donc successivement proposé des projets de livres à mon éditeur pour rendre hommage à des univers que j’affectionne comme The Last of Us, Godzilla ou Monkey Island.

Comment vous est venue l’idée d’écrire des livres?

Comme pas mal de mes confrères, il m’est arrivé de faire de la pige pour quelques magazines et sites web. Mais les habitudes (nos habitudes) des joueurs ou même des cinéphiles ont changé ces dernières années. Avec l’explosion littérale des sites spécialisés, des réseaux sociaux et des influenceurs, la manière de communiquer s’est transformée. Elle est plus directe de la part des éditeurs et des producteurs. Elle réagit en live à une actualité. C’était, il y a longtemps, l’apanage de la presse papier, mais pour répondre à la demande de plus en plus vivace de l’audience, elle est maintenant proposée en temps quasi-réel. Je crois que, paradoxalement, les joueurs ou les cinéphiles demandent maintenant quelque chose qui tranche avec ce traitement sur le vif. Quelque chose qui laisse plus de place à la réflexion, au recul, à la respiration… Et l’on observe l’émergence toujours plus prégnante d’une certaine littérature qui tente de traiter ces médias souvent considérés comme secondaires, avec sérieux et rigueur sans toutefois tomber dans le jargon universitaire. C’est une démarche qui m’a rapidement séduite. Non pas que je sois particulièrement client de presse spécialisée à la base, mais j’y ai trouvé la possibilité de creuser et de réfléchir sur ces arts passionnants que sont le cinéma ou le jeu vidéo. Pour ma part, je n’ai aucune prétention particulière. Je le répète souvent mais je ne suis spécialiste de rien du tout. Je tente juste de rendre un humble hommage au sujet traité et j’invite les lecteurs à me suivre dans mes « recherches ». 

Vous avez en juin signé votre cinquième ouvrage chez Third Editions, comment est née cette collaboration?

Quelques années en arrière, c’est par l’entremise d’un ami commun, Bruno Provezza, que j’ai entamé ma collaboration avec Third Editions. Nous avons co-écrit Uncharted Journal d’un Explorateur sorti en 2018. Depuis, on ne se quitte plus. L’édition est un milieu compliqué, instable et versatile. Si l’on demande évidemment à un auteur d’écrire l’ouvrage, la responsabilité de l’éditeur est plus importante que ce que l’on suspecte de prime abord. D’ailleurs, l’ouvrage définitif, celui qui est imprimé et disponible en librairie, est autant le livre de son auteur que celui de son éditeur. Il est donc indispensable que la communication, la présence, la disponibilité et l’état d’esprit soient de mise. Je n’ai pas besoin de leur passer de la pommade, mais Third Editions a toujours été d’une loyauté et d’une fiabilité indiscutable. Ce sont des gens qui aiment avec énergie ce qu’ils font, qui ont le bon état d’esprit et qui sont ultra « réglos ». Je ne vois pas ce que je pourrais leur demander de plus.

Ecrire ce type d’ouvrage doit demander énormément de recherches, comment se déroule cette phase?

Oui. D’ailleurs, la majeure partie du travail sur un essai, quel qu’il soit, est principalement dépensé sur de la recherche, du recoupage et de la vérification. Ça dépend beaucoup du type d’ouvrage que vous souhaitez écrire. Par exemple, sur The Last of Us, je souhaitais faire un « making of » analytique. Je savais que les équipes de Naughty Dog étaient inapprochables, j’ai donc compulsé tous les documents, les interviews etc.. existantes, puis j’ai regroupé et recoupé les informations. Mais à l’inverse, pour le livre sur lequel je travaille actuellement, 100% des informations seront de première main. Je ne m’appuie que sur des interviews que je réalise moi-même. Ainsi, je passe mes semaines à courir après les artistes, à les harceler, à les interroger, puis à retranscrire et à vérifier les informations. C’est un exercice différent. Tout dépend de ce que vous souhaitez raconter au lecteur. Aucun ouvrage, même s’il traite d’un jeu vidéo, n’est identique. On pourrait traiter Zelda ou Mario via mille angles différents: technique, ludique, philosophique ou même politique…

Dans votre biographie, il est mentionné que vous avez une passion pour les films Kaiju-Eiga. Comment est née cette passion pour les films de monstres?

Ça, c’est une bonne question. Je ne sais pas exactement. Contrairement à bon nombre de mes congénères, je ne suis pas particulièrement passionné par la culture nippone. Je n’ai aucune connaissance dans les mangas et les animés, et je ne connais le Japon que par le prisme de son cinéma que je trouve fascinant par ailleurs. En une vingtaine d’années, j’ai dévoré absolument tout ce que je pouvais voir provenant de l’archipel. J’aime particulièrement le cinéma bis japonais. J’ai une passion dévorante pour le courant cyberpunk des années 70/80, Sogo Ishii, Takashi Miike ou Shinya Tsukamoto… et le kaiju-eiga s’est complètement inscrit dans cet appétit d’ogre. Je crois que ce qui me plait dans le cinéma japonais, c’est cette volonté absolue de tourner, de faire des films quoi qu’il en coute, peu importe les moyens. Il y a quelque chose de très enfantin et primaire dans le fait de monter un film avec les moyens du bord, en faisant primer l’ingéniosité et le rêve plutôt que la technique pure. 

Que pensez-vous des dernières adaptations Hollywoodiennes de Godzilla et de Jurassic Park?

Les deux séries mentionnées sont assez différentes. Pour Godzilla, je trouve ça très chouette. Ce sont des films que je regarde avec les enfants. Nous n’aurons jamais de chef d’œuvre cinématographique avec une telle entreprise, mais il y a un petit plaisir régressif assez primaire qui, pour moi, fait résonner mes visionnages de l’ère Showa (1955 – 1975) de Godzilla. Pour Jurassic World, c’est plus compliqué. Je n’ai rien contre le spectacle proposé, je trouve même qu’il y a de bonnes idées. Le souci, c’est que les studios s’amusent avec le joujou des fans. Et ça, aujourd’hui, ça ne pardonne plus. Le fandom sur-réagit souvent devant ces produits cinématographiques très lisses et très policés avec des mots très durs. En l’état, le dernier Jurassic World est vraiment un échec (malgré quelques fulgurances d’après moi). C’est un vaste sujet dans lequel on pourrait mixer les fameux legacyquel, les franchises, Hollywood, notre société de consommation etc… L’un dans l’autre, personnellement, je n’y vois que quelques films bien inoffensifs. Ce qu’ils disent de notre société est souvent plus intéressants que les films eux-mêmes. 

Parmi vos différents livres, quel est celui que vous avez eu le plus de plus de plaisir à écrire?

Quel est l’enfant que je chéris le plus ? 🙂 

Monkey Island est un sujet de cœur, c’est peut-être celui qui reste le plus important pour moi. Par contre, notre livre sur Godzilla (co-écrit avec Thomas Giorgetti) est celui dont je suis indiscutablement le plus fier. Et le livre à venir est une sacrée aventure lui-aussi. 

Quelques conseils à donner aux jeunes auteurs qui hésitent encore à se lancer?

Alors, je n’ai certainement aucun conseil à donner, et je prends tous les conseils possibles ! Le seul truc, c’est de ne pas avoir peur de se lancer, et de penser un peu différemment. Il faut se rappeler qu’écrire un livre, ce n’est pas écrire une suite d’articles traitant séquentiellement de choses (Les graphismes, la musique, la maniabilité, l’histoire…). Ça, Wikipedia le fait déjà très bien. Ecrire un livre, c’est raconter une histoire qui a un début et une fin. Ça veut dire qu’au fil des 200 ou 300 pages, il faut que le lecteur fasse un voyage et qu’il arrive à destination. Il faut que l’on sente que l’auteur tient un fil conducteur, un angle défini. Il n’y a rien de plus ennuyeux (à mon humble avis) que de lire une succession de fiches de personnages, une liste potentiellement exhaustive d’éléments ou d’entendre l’avis personnel de l’auteur sur tout et n’importe quoi. Un livre, c’est gros. Il y a plein de place pour s’exprimer. Alors autant prendre son temps pour s’immerger, pour remettre en contexte, même s’il faut faire travailler l’imagination du lecteur pour cela.

Côté jeux vidéo, quel est votre genre de prédilection ?

Je n’ai pas de genre de prédilection. Mes « jeux de chevet » sont Monkey Island, Street Fighter II, Doom ou Dark Souls… Le seul truc auquel je ne joue malheureusement pas, c’est le jeu multijoueur. 

Quel est votre avis concernant les consoles next-gen?

Elles font moins de bruit que celles de la génération précédente. C’est cool. 

Quel est le jeu que vous attendez le plus pour cette fin d’année?

Return to Monkey Island, Callisto Protocol, Resident Evil 4R et surtout, des patchs pour F1 2022…

Quels sont vos projets pour la suite? Un nouvel ouvrage en préparation?

Je travaille, en effet, sur un prochain ouvrage qui sortira possiblement fin 2023. Il traitera d’une série de jeu vidéo, mais je ne peux en dire plus. Parallèlement, certains de mes livres vont bénéficier d’une traduction en anglais. Ça demande aussi pas mal de boulot. On s’ennuie rarement lorsqu’on écrit. Le souci principal, c’est de dormir ou d’avoir une bonne cafetière. 

Nous tenons à remercier Nicolas Deneschau d’avoir répondu à nos questions. Vous pouvez retrouver l’ensemble de ses ouvrages sur le site de Third Editions et en librairie. N’hésitez pas à le suivre également sur Twitter afin de rester informé.

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